Le Piri Piri – Pérou


En plein cœur de l’Amazonie, j’ai eu l’opportunité incroyable de rencontrer la tribu des Shipibos et de vivre plusieurs jours dans une des familles du petit village de San Francisco, au bord du Río Ucayali. Ils m’ont accueilli avec des sourires et des embrassades, accompagnés du rire des nombreux enfants de la famille qui couraient autour de moi. Je me suis senti très rapidement immergé au cœur de leur culture, et totalement prêt à découvrir la racine de Piri Piri et son nectar !


Découverte du Piri Piri

Le jeune couple de la famille, Ali et Alemerce, me reçoivent dans leur maison. C’est ici que je passerai les 4 prochains jours. Peu de temps après mon arrivée, je suis rapidement emmené par Ali dans une partie de leur jardin, où il me montre la plante de Piri Piri Amor. Il m’explique alors qu’il existe 2 types : le Piri Piri Amor et le Piri Piri Amistad.


○ Le Piri Piri Amor

Les tiges de la plante font 40cm de haut et ses racines sont petites (environ 3-4cm). Les Shipibos ne produisent pas l’huile essentielle de cette racine car le rendement est trop faible. Dans la culture traditionnelle de ces villages de Shipibos, le Piri Piri Amor joue un rôle important dans un rituel qui a lieu entre les couples. Lors de cérémonies, ils se baignent avec l’eau dans laquelle ont macéré les racines. Auparavant, on râpait la racine et laissait tremper les copeaux 10 jours dans l’eau avant de l’utiliser pour les rituels.


○ Le Piri Piri Amistad



Les tiges de la plante sont plus grands, atteignant 120-150cm. Les racines sont également plus grosses (de 5 à 10cm). C’est pourquoi ils distillent cette racine là, le rendement étant bien meilleur pour la quantité de travail fourni pour cultiver le Piri Piri.

Le Piri Piri Amistad est utilisé lorsque les Shipibos recevoient des amis ou des étrangers venus leur rendre visite, auparavant sous forme également de bains d’eau dans laquelle avaient macéré les racines. Depuis 15 ans que la production d’huile essentielle a été lancée, ils utilisent désormais directement l’eau de distillation pour ces rituels de bains parfumés.

De nos jours, Ali m’explique que ces traditions de bains avec le Piri Piri (Amor comme Amistad) se perdent de plus en plus, et que ce dernier est de moins en moins utilisé, à son grand regret.


Découverte de la plantation

Avec Alemerce, nous prenons le tuk-tuk de la famille et nous partons en direction de la plantation de Piri Piri, au cœur de la jungle amazonienne. Arrivés sur place, je découvre plusieurs champs (5 hectares au total) avec des plants de Piri Piri regroupés par paquets de 40-60 tiges de 150cm, chaque paquet espacé de 2m.


         


Un homme employé par la famille travaille à temps plein chaque jour dans les champs, afin de les nettoyer et désherber. Si ce n’est pas fait « propre » autour de chaque paquet, les racines ne se développeront pas et le rendement sera très faible.

La récolte à lieu une seule fois par an entre juillet et septembre selon les champs. La distillation est ensuite faite en avril, car il y a trop de pluies en fin d’année et cela peut nuire au process. Ils récoltent environ 400kg de racines de Piri Piri Amistad chaque année. Pour chaque paquet de plants de Piri Piri coupés et déterrés, ils replantent au même endroit 2 racines récoltées, pour l’année suivante. Ces dernières se développeront et donneront à leur tour un nouveau paquet de 40-60 tiges et racines.



Process de la récolte à la distillation

○ les plants sont déterrés par paquets puis les tiges sont coupées une par une, pour ne garder que les racines. Le reste de la plante n’est pas réutilisé et est jeté.

○ Les racines sont ensuite lavées méticuleusement pour retirer la terre et autres impuretés, puis séchées au soleil 3-5 jours en fonction du temps. Elles sont alors entreposées dans des sacs en toile, en attendant la distillation quelques mois plus tard.

○ En Avril, au moment de la distillation, les racines sont amenées au broyeur afin d’être réduites en poudre.

○ Enfin, a lieu l’extraction de l’huile essentielle par le procédé de distillation à vapeur d’eau, qui dure entre 4 et 5 heures pour 50kg de racines mises dans l’alambic, et 8 heures pour 100 kg.


         


Les étapes de la distillation

Avant 2008, le Piri Piri était utilisé lors des rituels mais n’avait jamais été distillé. Il y a 15 ans, l’ONG Coeur de Forêt est venue en aide à la communauté des Shipibos et notamment la famille qui m’a accueilli, afin de mettre en place le procédé de distillation avec le broyeur, l’alambic, le petit laboratoire etc. Il faut savoir que dans toute la région, ils ne sont que 3-4 familles à travailler le Piri Piri et à produire son huile essentielle.

Les quantités produites sont donc très faibles. En effet, seulement 400 kg de racines sont récoltées chaque année, ce qui correspond à 2 litres d’huile essentielle de Piri Piri Amistad. Ainsi, à chaque distillation, 50 kg de racines sont transformées pour donner 250mL d’huile essentielle.

Lors de ma venue, la famille était en train de distiller le Piri Piri et m’avait attendu pour leur dernière distillation de l’année. J’ai pu assister à toute la mise en place du process pour broyer puis distiller cette précieuse matière !


Étapes pour la distillation :

• on remplie d’eau froide l’alambic

• on place une grille au fond de la cuve

• sont déposées ensuite par dessus les racines réduites en poudre par le broyeur

• on referme l’alambic et on verse de l’eau autour de la jonction entre la cuve et son couvercle, pour que la vapeur ne s’échappe pas durant la distillation

• on connecte les tuyaux d’eau à la colonne de refroidissement (condensateur)

• puis on démarre le feu, en utilisant des chutes de bois de Capirona, qui est un très bon combustible local.


         


• la distillation démarre alors, et va durer 5 heures. L’huile essentielle mélangée à l’eau recondensée sort petit à petit puis est récupérée à la fin du process.

• à l’aide d’une ampoule à décanter, on va pouvoir récupérer l’huile essentielle de Piri Piri, stagnant au dessus de l’eau.

• cette eau est appelée eau de distillation et va être récupérée puis vendue pour les bains cérémoniaux et lors des rituels, ou à des fins personnelles.


         



Descriptions olfactives

○ La racine

Lors de mon arrivée à la zone de distillation, j’ai découvert 2 gros sacs de 25kg chacun remplis de racines de Piri Piri Amistad. Récoltées il y a 2 mois puis lavées et séchées, elles étaient prêtes à être broyées puis distillées. L’odeur de la racine brute n’est pas très puissante, mais dégage malgré tout un parfum aux notes intéressantes.

Odeur racine : terreux, épicé poivré, curcuma, gingembre, sauce soja, citralé verveine


○ La racine réduite en poudre

J’ai pu assister au broyage des 50kg de racines de Piri Piri, afin d’obtenir une poudre prête à être distillée. L’odeur qui se dégageait lors du broyage était plus puissant que la racine brute, et de nouvelles notes que je n’avais pas capté auparavant se sont dévoilées.

Odeur poudre : gras aldehydé, zesté gingembre, terpénique, fruité jaune, citronnelle, frais linalol, rappelle facettes du vétiver sans la note fumée


○ L’huile essentielle

Suite au broyage des racines, la poudre obtenue est amenée au bâtiment d’en face afin de procéder à la distillation. Durant 5 heures, l’huile essentielle va être extraite et récoltée petit à petit. L’odeur du Piri Piri se dévoile alors complètement, avec de nouvelles facettes que je n’avais pas perçu en sentant uniquement la racine.

Odeur huile essentielle : fumé vétiver, orange amère, amertume zeste pamplemousse, piquant, épicé noix de muscade, poussiéreux, curcuma, gras huile de noix, frais linalol, citralé



Les limites du Piri Piri

Seules 3-4 familles travaillent le Piri Piri sur les rives du Rio Ucayali, parmi toutes les tribus Shipibos. Ces producteurs sont en manque de moyens et par conséquent en manque de main d’œuvre, pour permettre de produire une quantité plus importante de Piri Piri. C’est pourquoi cette matière si intéressante reste bien rare et précieuse.

Lors de ma visite, j’ai pu me rendre compte de la réalité de ces producteurs qui font face à des problèmes qui peuvent mettre en péril leur production et par conséquent leur quotidien. En effet, alors que la distillation avait commencé depuis 3h30 et que nous continuions à alimenter le feu, une coupure de courant a eu lieu dans tout le village. La pompe s’est alors arrêtée et ne pouvait donc plus amener d’eau froide à la colonne de refroidissement. Le producteur a ainsi dû arrêter le processus de distillation 1h avant la fin prévue, car cela aurait pu brûler et endommager l’huile essentielle déjà récoltée.

A cause de cet arrêt prématuré, il a malheureusement perdu quasiment 50mL d’huile essentielle sur les 250mL prévues initialement. Sur une production totale de 2L par an, cette perte est pour lui réellement significative !

J’ai également fait face à la réalité des choses pour ces tout petits producteurs, lorsqu’ils m’ont demandé conseil pour trouver des soutiens, afin de les aider à développer leurs productions. Ils ont cette volonté de se développer, travailler encore plus dur, mais ils ont besoin de main d’œuvre pour travailler dans les champs, participer à la récolte etc.

La découverte de ces petits producteurs de la tribu des Shipibos, isolés au bord du Rio Ucayali, me change des mes rencontres jusque-là avec des producteurs plus importants travaillant avec davantage de moyens et étant drivés par de grosses entreprises.

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