L’Ylang ylang de Nosy Bé

Pour découvrir la fleur des fleurs, nous nous sommes rendus à Nosy Be, appelée aussi l’île aux parfums, au Nord-ouest de Madagascar. Dès notre sortie du petit aéroport de l’île, les fleurs d’Ylang embaumaient l’atmosphère par leur odeur suave et solaire. En effet, durant tout notre trajet de l’aéroport à notre logement, nous étions entourés par d’immenses plantations d’Ylang, l’odeur des fleurs se décuplant alors que le soleil se couchait.

Nous avons été accueillis le lendemain par la SPPM (Société des Plantes à Parfum de Madagascar) qui nous a ouvert ses portes pour nous permettre de découvrir la récolte et le processus de traitement de cette matière première emblématique de la parfumerie.


Les cultures et la récolte



Les arbres d’ylang pouvant monter jusqu’à quinze mètres, les branches sont attachées au sol dès qu’elles commencent à grandir. Les arbres sont ainsi « torturés » durant toute leur croissance, afin d’atteindre une taille où toutes les fleurs peuvent être accessibles par l’homme. Cela permet de faciliter considérablement la cueillette. Un champ d’ylang est donc étonnant à voir, composé de rangées d’arbres pas plus haut que 2 mètres avec des branches torsadées et tordues partant de toutes parts vers le sol.


La cueillette est réalisée dès le lever du soleil par des femmes qui sont payées au poids de leur récolte. Cela implique malheureusement que les fleurs sont quelques fois récoltées trop immatures, encore vertes. L’idéal est de récolter les fleurs lorsqu’elles sont bien jaunes, mais cela signifie aussi qu’il faut les traiter plus vite car elles sont très fragiles et macèrent rapidement. Elles sont également plus lourdes que les fleurs vertes. Selon les saisons, les cueilleuses ne récoltent quasiment que des fleurs jaunes, étant présentes à profusion. Lors de notre venue, nous étions à une période plus calme de floraison, d’où la présence importante de fleurs vertes jaunâtres.

Il existe également 3 types de fleurs : les petites, les moyennes et les grandes provenant chacune d’arbres différents.

Après de nombreux tests réalisés par la SPPM, il a été remarqué qu’il y avait une très faible différence de rendement entre les tailles de fleurs, ou encore entre les jaunes et les vertes. C’est pourquoi aujourd’hui toutes les fleurs sont mélangées, les trier n’étant pas rentable pour si peu d’écart de rendement.


Le dépôt des fleurs à l’usine


         


Le matin de notre venue, 2.3 tonnes de fleurs fraîchement récoltées tapissaient le sol de l’usine. Elles avaient été répandues sur toute sa superficie, attendant d’être placées dans les alambics.

L’explosion de couleurs et d’odeurs de ces fleurs jaunes et vertes étalées de toutes parts nous ont assaillis dès notre entrée dans l’usine. L’odeur salicylée solaire et florale de l’huile essentielle d’Ylang en bouteille, distillée la veille, se mélangeait au parfum suave et humide de ces milliers de fleurs regroupées sous nos yeux et notre nez.


La distillation


La distillation à la SPPM se fait avec deux types de cuves différentes : cuves en cuivre ou cuves inox sous pression. La distillation dans les cuves en cuivre dure 15 à 18 heures tandis que la distillation sous pression dure 6 à 7 heures.

De cette distillation dans les différentes cuves sont obtenues plusieurs fractions :
• Extra
• 1re fraction
• 2e fraction
• 3e fraction


Ces fractions sont définies en fonction de la densité de l’huile essentielle, approchant de 0,970 pour l’Extra et diminuant jusqu’à 0,920 pour la 3e fraction. La densité de cette huile essentielle est mesurée 24 heures après le prélèvement.

L’huile essentielle qui sort en tout début de distillation a donc une densité de 0,960-0,970, et au fur et à mesure de la distillation cette densité diminue pour atteindre 0,920. Si on continue de distiller les fleurs, la densité va alors augmenter de nouveau pour atteindre un pic à 0,950. Cependant, l’huile correspondante n’aura plus les caractéristiques de l’Ylang et perdra donc toute sa qualité, malgré une densité élevée. Ainsi, le processus de distillation est arrêté lorsque 2.5% de rendement ont été atteints.

Pour récupérer l’huile essentielle obtenue par distillation, le procédé auquel nous avons pu assister est le suivant : l’huile essentielle mélangée à l’hydrolat venant du vase florentin est récupérée dans une bouteille en verre de 1 litre. Après quelques minutes de décantation, la personne retourne délicatement la bouteille en bouchant avec son doigt puis verse toute l’eau présente en dessous de la phase huileuse. Cette eau est ensuite replacée dans la vase florentin. L’huile essentielle est quant à elle récupérée et versée dans de petites bouteilles en verre ayant un ordre précis. En effet, ces bouteilles sont classées dans des bacs en bois par ordre de sortie, afin de pouvoir aisément trier par fraction.


         

Pour les 2 types de cuves différentes, les employés vont répéter le processus jusqu’à la fin de la distillation, en remplissant les petites bouteilles les unes après les autres. Puis le lendemain sera mesuré la densité de l’huile essentielle pour déterminer les différentes fractions. Cependant, cette mesure n’est pas systématique, les employés ayant un savoir-faire et une maîtrise leur permettant de connaitre selon différents facteurs à quel moment de la distillation chaque fraction est obtenue.

Une fois les fractions définies, l’huile essentielle est placée dans des cuves allant de 200 kg à 5 tonnes. La SPPM vendra ensuite ce précieux élixir aux acheteurs qui le stockeront pendant 4 à 6 mois pour qu’il mature, l’odeur évoluant et s’améliorant au fil des mois.


En Conclusion


Nous avons eu l’opportunité de vivre une très belle expérience sur l’île aux parfums. Nous avons pu évoluer au milieu des champs d’Ylang et humer le parfum de ces centaines de magnifiques fleurs jaunes aux longs pétales. Cela a été également un moment fort de pouvoir découvrir ces milliers de fleurs étalées dans l’usine, prêtes à abandonner leur précieuse huile si emblématique de la parfumerie. Une expérience riche en couleurs et en odeurs.


           

8 thoughts on “L’Ylang ylang de Nosy Bé

  1. Bravo pour cette première newsletter. En quelques pages vous êtes parvenus à très justement décrire les filières principales et leur environnement. Madagascar est emblématique pour l’industrie des aromes et parfums. Trés bon départ !

  2. Magnifiques photos des ylanguiers! Dommage qu’on ne puisse les exploiter pour en faire profiter ceux qui n,ont pas la chance d’aller à Nossi Be.
    Une petite observation de la part de l’enseignant: une densité de 0,940 à 0,910 pour l’ectra Et le troisième me semblent bien faible,je pense que les valeurs pour une société comme SPPM vont plutôt de 0,970 à 0,920.
    Bravo pour la chance que vous avez d’aller à la découverte de ces beaux pays.
    Félicitations pour ce projet qui se réalise et qui je l’espere Fera des envieux,

    1. Merci beaucoup pour la remarque, nous allons reprendre contact avec la personne en charge des extractions à la SPPM pour qu’elle nous reprécise les valeurs. Un grand merci pour votre soutien dans notre projet, cela nous motive !

      Isabelle & Théo

  3. Bravo pour votre article et les belles images. J’ai cherché partout sur internet des informations sur la taille de l’ylang ylang et n’ai rien trouvé jusqu’à tomber sur votre article. Merci et bonne continuation !

  4. Good day! I simply want to offer you a big thumbs up for the excellent info you have right here on this
    post. I’ll be coming back to your blog for more soon.

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