La fève Tonka – Brésil



Accueil par Kappi Fragrancias


Lors de mon séjour au Brésil, j’ai été chaleureusement accueilli chez Kappi Fragrancias, à Campinas au nord de Sao Paulo, par André Tabanez (directeur sustainability) et par le CEO de Kappi, Eduardo Mattoso. Cette entreprise est spécialisée dans la fève Tonka et le Baume Copahu. Elle fait également de la création de parfums pour des marques brésiliennes et travaille aussi sur quelques autres matières premières, pour la parfumerie comme pour l’alimentaire. J’ai pu découvrir leur usine ainsi que leur laboratoire de création.

Nous avons échangé durant toute une journée et j’ai pu en apprendre énormément concernant la fève Tonka et le Baume Copahu (Découvrir mon article sur le Baume Copahu du Brésil).

Dans cet article, je partage les informations que j’ai pu obtenir suite à ces échanges concernant la fève Tonka : l’origine des producteurs, sa récolte puis son exportation ou encore ma description olfactive des fèves.


A la fin de l’article *cliquer ici* je rentre en détail sur l’origine des producteurs de Copahu et de fève Tonka et sur leur histoire qui a commencé il y a 150 ans, lorsqu’ils ont été amenés par l’état brésilien en Amazonie enfin d’extraire au départ le caoutchouc.


Plantations de fève Tonka


Suite aux échecs face au marché du caoutchouc, ces producteurs se sont reconvertis principalement dans la production du Copahu et à plus petite échelle de la fève Tonka.



L’arbre, le Dipteryx Odorata appelé aussi Coumarou, n’est quasiment pas cultivé par l’homme : on le retrouve principalement à l’état sauvage dans l’Amazonie. 90% de la production de la fève Tonka au Brésil vient d’une toute petite région, autour de la ville de Santarem et ses environs. C’est ici que l’on trouve la meilleure qualité de fève de toute l’Amazonie. On retrouve des arbres de Tonka dans la majeure partie de la forêt, mais la qualité de la fève y est inférieure.



Le Dipteryx Odorata est un arbre d’environ 30m de haut. On attend que le fruit tombe de l’arbre avant de le récolter au sol. Si on ne le récupère pas rapidement une fois tombé, le fruit qui contient la fève Tonka va être totalement mangé par des animaux (biches, cochons sauvages…). Il est également partiellement mangé lors qu’il est encore sur l’arbre par les perroquets et les singes, mais ces derniers n’attaquent que la coque pas la fève.


La récolte de la fève


La saison de la récolte de la fève Tonka est d’octobre à décembre, mais fonctionne par cycles de 3 ans : une année avec une excellente production, puis moyenne et enfin une 3ème année avec une production faible.

Les producteurs de fève Tonka ont généralement un travail en parallèle, dans les villes alentours. Puis lorsque vient la saison de la récolte, ils prennent quelques jours par mois ou bien vont récolter le weekend.



Ils partent donc en forêt à la recherche d’un Dipteryx Odorata et récupèrent toutes les fèves tombées au sol. Une fois l’arbre repéré et en pleine période de récolte, ils vont revenir une fois par semaine sous ce même arbre, afin d’éviter que les graines ne restent trop longtemps au sol et ne se fassent manger. Certains producteurs plantent également quelques arbres sur leur propriété derrière leur maison, afin d’avoir une petite production à eux.

Chaque arbre donne en moyenne 3 kilos de fèves par an, selon l’année du cycle. Elles sont cultivées au Brésil dans l’Amazonie puis envoyées ensuite en Europe, pour y être extraites et ainsi obtenir l’Absolue Tonka (ou vendues directement pour l’alimentaire).



Il y a 50 ans, le Venezuela était le plus gros producteur de fève Tonka. Mais de nombreux problèmes dans le pays ont ralenti et diminué la production. Depuis 10-15 ans, le Brésil est devenu le plus gros producteur mondial, avec une production totale de fève Tonka qui s’élève à 150-200 tonnes par an. Mais il y a de grosses variations, notamment dû au cycle de récolte de 3 ans, expliqué au début.


Description olfactive



• Fève Tonka : salé, animal, coumariné, amandé, vanillé, olive noire


• Absolue Tonka : coumariné, foin, peau animal, carotte crue, épicé, poivré, piment, salé, amandé, pain d’épice, mousse de chêne, miellé, iodé algues

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Histoire sur l’origine des producteurs de Copahu et fève Tonka


Pour mieux comprendre pourquoi ces personnes ont décidé de vivre au cœur de cette forêt immense, alors que ce ne sont pas des indigènes originaires de l’Amazonie, il faut remonter 150 ans en arrière.

Au début de la révolution industrielle et de l’industrie automobile, le caoutchouc devient une matière première extrêmement prisée et demandée par les États-Unis notamment pour la confection des pneus. Le Brésil possédant une quantité très importante dans l’Amazonie, l’état décide de prendre 500 000 hommes de la région pauvre et aride de Bahia, sans leur famille, et de les envoyer au cœur de la forêt amazonienne avec une promesse de paiement. De 1880 à 1910, le Brésil devient alors le plus gros exportateur mondial de caoutchouc, détenant 95% du marché. Les États-Unis et le reste du monde dépendaient donc totalement du Brésil et de l’Amazonie à cette époque-là pour l’industrie automobile.



En 1876, un Anglais est venu au Brésil récupérer des graines de l’arbre du caoutchouc, afin de les planter à Londres dès son retour puis d’envoyer les plants quelques années après directement en Malaisie, colonie anglaise. 15 ans après, les plantations étaient prêtes à être commercialisées. Le prix du caoutchouc a alors totalement chuté et les États-Unis se sont tournés vers la Malaisie, délaissant totalement le caoutchouc brésilien. En 1920, le Brésil ne détenait plus que 2% du marché mondial. Les hommes envoyés dans l’Amazonie 40 ans plus tôt ont donc été totalement abandonnés par l’état brésilien.

Durant la seconde guerre mondiale, suite à la difficulté d’approvisionnement, les États-Unis s’intéressent de nouveau au caoutchouc de l’Amazonie, et par conséquent l’état Brésilien envoie de nouveau 100 000 hommes au cœur de la forêt pour cultiver et récolter cette matière. Mais à la fin de la guerre, les États-Unis de désintéressent à nouveau du Brésil et ces centaines de milliers d’hommes sont une nouvelle fois abandonnés et vivent comme des indigènes.



Cela explique donc les raisons de la présence de ces hommes qui ne sont pas originaires de l’Amazonie et qui finalement vivent ici quasiment comme les indigènes amazoniens. Ce sont ces familles, après ce second échec du caoutchouc, qui se sont tournées vers le Baume Copahu et son extraction ainsi que la récolte de la fève Tonka.

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**Merci à André Tabanez et à Kappi Fragrancias pour m’avoir fourni la plupart des photos présentes dans cet article**

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